Interview . Pascal Semy


FULGURANCE DE PROGRÈS 
 Bon nombre d’exemples nous rapprochent à une vitesse fulgurante de la fiction qui, finalement, est en passe d’être réalité.
Quel est votre regard sur cette évolution qui, en l’espace de 100 ans à peine, nous a fait passer du téléphone à fil à l’androïde avec assistance AI ?

Je commençais mes présentations de l’entreprise ainsi : sur ces 100 dernières années, nous avons connu de nombreuses révolutions ou évolutions ; nous sommes passés à l’ère de l’industrialisation dans le monde professionnel, puis la robotisation est arrivée à la fois dans la sphère professionnelle et personnelle (les premiers robots de cuisine, aspirateur…). Les usages du quotidien ont alors évolué. Ensuite, est venue l’ère de l’informatisation : quand j’ai commencé mes études d’Arts Graphiques, en 1992, avoir un ordinateur Apple à la maison n’était pas commun, aujourd’hui tous les foyers sont équipés, ce qui a permis de connecter plus de 3 milliards d’individus. Les téléphones ont évolué et aujourd’hui la majorité des utilisateurs sont équipés de smartphone qui renvoie le téléphone mono-usage aux oubliettes.

Pour nous, une autre évolution a grandi au fil des ans, les « usages ». En effet, nous voilà à l’ère du co… : le collaboratif, le coworking, la coopétition et, dans toute cette évolution, est venue se greffer une collaboration plus importante entre l’Homme et son environnement numérique. Les programmes informatiques d’autrefois sont aujourd’hui capables d’apprendre (machine learning), de collecter de la donnée en masse et de créer une intelligence collective. De plus, la barrière personnelle et professionnelle devient, par ces usages, complètement poreuse et l’intelligence artificielle n’a que les frontières mises en place par l’homme.

AI, FASCINATION ET PEUR À LA FOIS 
 AI, titre du film de Steven Spielberg, retrace la vie d’un jeune homme qui se rend compte finalement qu’il est un androïde sensible, alors qu’il voudrait vivre et être un enfant " normal ". Pensez-vous que l’Homme, avec tous les excès vis-à-vis du progrès qu’on lui connait dans l’histoire, arrivera à maitriser et modérer cette course à l’innovation pour garder une part d’humanité dans ces perspectives de développement liées à l’AI ?

Je pense que l’Homme est toujours à la base des évolutions qui n’arrivent et ne durent que parce qu’elles sont nécessaires et utiles. Idriss Aberkane dit que les révolutions passent toujours par 3 phases : le « ridicule », le « dangereux » et l’évidence.

Dans les films ou livres de science-fiction on est dans la première phase : c’est ridicule, ou plutôt, c’est de la science-fiction, ça n’existera jamais, comme les voitures autonomes, l’intelligence artificielle, les robots… On est passé de l’étape d’esquisses à l’étape projet, suivi par une poignée de personnes à l’échelle de la planète. Du coup, la plupart des hommes n’ont pas vu les réflexions, les expérimentations… Ils n’ont subi que l’évolution.

Actuellement, nous passons à la 2e phase : la peur, le « dangereux », ce que j’appelle « l’acculturation ». Il s’agit d’observer toutes les évolutions de ces dernières années et de voir comment les transformer en produits pour les faire adopter par le plus grand nombre.

C’est en définitive l’ère la plus humaine de ces 100 dernières années : l’industrialisation, la robotisation, l’informatisation ont déshumanisé les rapports entre les individus.

L’ère de l’acculturation va permettre de se concentrer sur les usages, sur le changement des rapports entre les humains et remettre les évolutions technologiques à leur place « d’outils ».

 MANAGER DE TALENTS 
 Apporter des informations sur soi-même, c’est quelque part une façon de mieux se connaître, mise en avant par votre modèle épaulé par l’AI.
Pensez-vous apporter par la suite des outils, permettant de se "corriger" pour devenir plus performant en diminuant ses défauts ? En quelque sorte, un aspect « psychanalytique », version AI ?

Notre ambition est d’apporter à chaque internaute un assistant – comme managerdetalents.com –, lui permettant d’avoir une meilleure vue sur ce qu’il fournit comme information et quelle incidence cela a : la plupart des utilisateurs du numérique n’ont aucune idée de ce qu’ils mettent en ligne sur leur smartphone ou ordinateur.

Or la maturité rend les algorithmes actuels capables de beaucoup de choses.

Exemple, lorsque l’on répond à un « Captcha » de Google pour démontrer que nous ne sommes pas un robot sur un formulaire quelconque, nous instruisons l’IA de Google pour les futures voitures autonomes.

Par le biais de notre assistant, nous faisons une photographie à un instant T permettant à l’utilisateur d’avoir un outil lui donnant de l’information sur ce que les expériences qu’il a eues, professionnelles ou non, lui ont apporté en termes de savoir-faire et de savoir-être et comment ces informations sont exploitées.

Ensuite, ces informations sont anonymisées afin de garantir la meilleure confidentialité autour de chaque utilisateur.

Dès qu’un utilisateur nous rejoint, nous construisons un répertoire où est stocké toutes les données de l’utilisateur que nous avons appelé le « modèle de connaissances », bien sûr crypté et anonymisé.

Notre IA compare les modèles de connaissances entre eux pour apporter à chacun le contenu numérique qui lui correspond.

Notre but est d’aider les individus à s’enrichir tout en leur permettant de toujours maîtriser leur libre arbitre.

Notre outil ne fait que des suggestions et non des prédictions : il va ainsi conseiller des formations, des rencontres avec des mentors, de la mobilité interne ou externe, des projets, des appels d’offres, des missions, des services numériques… Et tout cela en fonction des pairs de l’utilisateur. Nous appelons cela des « communautés dynamiques » ce qui donne de l’intelligence collective.

Notre assistant ne prétend pas corriger mais plutôt apporter des bonnes pratiques entre pairs (peer-to-peer) pour aider l’internaute à faire des choix.



SÉCURISATION DES DONNÉES PERSONNELLES
 Dans votre développement, l’AI est le cœur de votre modèle qui permet de décrypter une personne, afin d’en analyser ses points forts et faibles.
Avec des données aussi personnelles, quelle est votre position pour sécuriser et garder ces analyses absolument secrètes et uniquement utilisées pour votre produit ?

La sécurité de l’utilisateur fait partie de notre ADN, nous savons que si nous souhaitons une adoption forte de notre outil, la préservation des données et la confidentialité sont primordiales.

Tous les modèles économiques qui se basent sur la revente de données sont en train de changer, la preuve en est l’entrée en vigueur de la Réglementation Générale sur la Protection des Données (la RGPD) le 25 mai dernier à l’échelle européenne.

Chez managerdetalents.com, nous allons même plus loin, avec la création de la première vitrine numérique de l’utilisateur. Ainsi, chacun aura une vue, à travers notre outil, sur les données utilisées par tous les sites que l’internaute utilise.

Depuis déjà quelques années nous observons des changements de comportements sur internet : faire du covoiturage via des applications et noter le conducteur ou les passagers. Ces avis participent à l’IA, on analyse aujourd’hui des dizaines de milliers de lignes de retour consommateur sur une chaîne de fast-food pour connaître la satisfaction des clients.

On pourrait donc avoir un retour très approfondi sur les avis laissés par les utilisateurs de l’application de covoiturage et connaître la satisfaction des passagers sans même leur demander de mettre une note.

Tout cela enrichit le modèle de connaissances. Il est donc important pour nous d’accompagner l’internaute à maîtriser ces données et notamment ses consentements.

Concernant la sécurisation du modèle de connaissances, nous nous appuyons sur la philosophie Blockchain (technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle).

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