Patrick Roger

LA PASSION POUR LA MATIÈRE Où finit le chocolat et où commence la sculpture ? Là est la question, mais la réponse ne se trouve-t-elle pas dans l’œuvre ? Qu’auraient répondu Rodin, Bourdelle ou Giacometti à cette réduction du sujet si l’on avait abordé leur travail du point de vue de la terre ou du plâtre et non pas de manière formelle ou aspirationnelle ? Patrick Roger est bel et bien sculpteur qui donne corps et vie au chocolat, travail plastique à distinguer de celui du goût qui le rangerait trop vite dans la case chocolatier. À travers ses voyages et ses œuvres, ce sont les hommes qu’il questionne et dont il veut se faire le témoin. La sculpture n’est sans doute pour lui qu’un geste donné pour provoquer, dénoncer, parfois même condamner. La sculpture est là pour se poser, s’exposer et interroger le public sur ses actions et ses contradictions. Jamais de jugement, de l’action et des réactions.

La passion de Patrick Roger pour la sculpture commence par une rencontre avec la matière, un véritable corps à corps avec le chocolat, cet or noir qu’on dit quasiment indomptable. Plus que Patrick Roger découvrant le chocolat, c’est le chocolat qui le révèle à son talent créa- tif, l’entraîne à explorer le monde infini du goût, mais aussi encore plus loin, l’incroyable univers des formes. La passion est dévorante, de cet amour du chocolat qui s’abandonne à sa main, à son geste, son couteau, sa corne, pour renaître en un nouveau sujet. De l’animalier à la pure abstraction, d’une savante construction au modelage parfois instinctif, quasi sauvage, il n’a de cesse de repousser les limites de la sculpture, pour qu’à chaque nouvelle œuvre émerge un monde toujours plus intime et toujours plus foisonnant.

Le travail de Patrick Roger sur la matière chocolat est comparable au rapport d’Auguste Rodin avec la terre ou le plâtre ; il la transforme à sa guise, la plie à son imagination. Mais vient ensuite l’envie ou le besoin de pérenniser l’œuvre : c’est la découverte du bronze, puis du fer, du béton, des métaux précieux. De chocolatier devenir sculpteur. Et l’incroyable ballet commence, des moules en silicone qui envahissent l’atelier au travail de fonderie et à la parfaite restitution des formes. L’Art du chocolat devient Art tout court ! Une extension de la matière et du goût, un état plus qu’un statut. C’est ainsi que s’est construite une œuvre, à la fois forte et vivante, parce que très personnelle, celle d’un sculpteur singulier. ​WWW.PATRICKROGER.COM

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